Dimanche 21 juin 2026 - 25 ans de présence des fraternités au Mont
Rétrospective en images...
Livre d'or

Pour garder vivante la mémoire du dimanche 21 juin 2026, nous vous invitons à déposer un témoignage écrit — et, si vous le souhaitez, une photo — afin de constituer un véritable livre d’or de cette journée pour les deux communautés monastiques :
https://forms.gle/HeNMJRgVRWV3HxbK9
Homélie du dimanche 21 juin 2026
Mgr Grégoire Cador, évêque de Coutances et Avranches
Jr 20, 10-13 ; Ps 68 (69), 8-10,14.17,33-35 ; Rm 5, 12-15 ; Mt 10, 26-33
25 ans de présence des fraternités (départ annoncé des Frères)

Frères et sœurs, chers amis.
Ô qu'ils sont beaux ces textes que la liturgie nous offre en ce jour.
Nous les accueillons dans la joie et l'action de grâce des 25 ans de présence des fraternités monastiques de Jérusalem sur le mont de "l'angélique paratonnerre"...
25 ans de présence de frères et de sœurs dont nous savons que l'unique vocation et de « chercher la face de Dieu »[1] et de la chercher sans cesse en rappelant, à temps et à contretemps, au cœur de nos mondanités, que notre destinée à tous c'est le face à face avec le Dieu trois fois saint !
« Vie et joie, à vous qui cherchez Dieu », chantions-nous avec le psaume 68 tout à l'heure. « Que le ciel et la terre le célèbre, les mers et tout leur peuplement ! » Ô combien résonnent ces paroles, au sommet de ce rocher planté par Dieu lui-même entre ciel, terre et mer, investi depuis de longs siècles par la prière monastique. Oui, frères et sœurs de Jérusalem, comme le prophète Jérémie dans la première lecture « c’est au Seigneur que vous avez remis votre âme », vous qui avez relevé le défi d’une présence ici, contre vents et marées, depuis un quart de siècle !
Merci ! Merci à vous et à ceux qui vous ont précédé d'avoir mis votre confiance dans le Seigneur. Avec l’appui de Saint Michel, prince de la milice céleste, « le Seigneur est avec vous, [comme un] guerrier redoutable. »
Merci à vous d'avoir su prendre au sérieux l’interpellation du Seigneur et de l’avoir rendue palpable au milieu de nous et des millions de visiteurs qui, chaque année, fréquentent ce haut lieu.
Et voilà que le temps de l'épreuve arrive au cœur de notre action de grâce, nous obligeant à prendre et accepter, ensemble, des décisions douloureuses.
Faute de combattants, nos frères vont quitter définitivement le Mont dans les mois qui viennent... Rassurons-nous, il ne s'agit pas pour eux de quitter la prière, mais de lui permettre de se déployer en d'autres lieux, au cœur du monde.
Nous regretterons bien sûr leur présence, mais nous les assurons de notre prière et nous nous recommandons à leur intercession.
Réfléchissant et méditant sur l'arrachement que cela représente, tant au niveau communautaire qu'au niveau individuel, me sont venus en mémoire les premiers versets de ce même psaume 68 qui habille notre prière liturgique. Nous ne les avons pas chantés ce matin, mais ils font partie intégrante de notre prière : « Sauve-moi, mon Dieu : les eaux montent jusqu'à ma gorge ! J'enfonce dans la vase du gouffre, rien qui me retienne ; je descends dans l'abîme des eaux, le flot m'engloutit. Je m'épuise à crier, ma gorge brûle. Mes yeux se sont usés d'attendre mon Dieu. » (Ps 68, 2-3) Le psalmiste, on l’entend, panique devant le risque d’être perçus comme infidèle : « Qu'ils n'aient pas honte pour moi, ceux qui espèrent, Seigneur, Dieu de l'univers ; qu'ils ne rougissent pas de moi, ceux qui te cherchent, Dieu d'Israël ! » (Ps 68, 7)
Terribles paroles qui évoquent le désespoir, mais qui finalement débouchent sur une confiance enracinée au plus profond de l'amour fidèle du Seigneur. « Et moi, je te prie, Seigneur : c'est l'heure de ta grâce ; dans ton grand amour, Dieu, réponds-moi, par ta vérité sauve-moi. Tire-moi de la boue, sinon je m'enfonce .../... Que les flots ne me submergent pas, que le gouffre ne m'avale. Que la gueule du puits ne se ferme pas sur moi. » (Ps 68, 14-16)
Si nous avions le temps il faudrait lire la totalité de ce psaume, mais je laisse le soin à nos frères et sœurs dont c'est le métier de mastiquer et de ruminer chaque jour, en notre nom, la prière des psaumes. Elle imprègne et ensemence toute leur vie et la nôtre avec.
Venons-en directement aux derniers versets du psaume : « Et moi, humilié, meurtri, que ton salut, Dieu, me redresse. Et je louerai le nom de Dieu par un cantique, je vais le magnifier, lui rendre grâce. Cela plaît au Seigneur plus qu'un taureau, plus qu'une bête ayant cornes et sabots. Les pauvres l'ont vu, ils sont en fête : "Vie et joie, à vous qui cherchez Dieu !" Car le Seigneur écoute les humbles, il n'oublie pas les siens emprisonnés. » (Ps 68, 30-34) Merci, Seigneur, pour la prière des psaumes !...
Dans la splendide encyclique qu’il vient de nous offrir, notre bien aimé Pape Léon, évoquant l’expérience douloureuse que nous faisons de nos limites, écrit : « Dans de nombreux moments où la limite se fait concrète dans notre vie, lorsque nous essuyons un refus, lorsque nous souffrons de la maladie ou de la mort d’un être cher, lorsque nous faisons l’expérience de l’incapacité ou de l’échec, c’est mystérieusement précisément dans ces moments-là que nous pouvons trouver une sagesse nouvelle, toucher de nos mains l’affection des gens et expérimenter la présence du Seigneur. […] Lorsque la limite se manifeste par des souffrances intérieures, la sagesse humaine nous enseigne à ne pas la refouler ni la réprimer, mais à l’intégrer. […] En effet, dit-il, celui qui aime et désire ne peut éviter de passer par l’épreuve et la souffrance. C’est pourquoi, au fil des ans, nous gardons en nous des enseignements qui s’impriment comme des cicatrices, mémoire du chemin parcouru entre liberté et chutes, rêves et déceptions. Et, conclue-t-il, ce n’est que grâce à l’entrelacement de ces éléments que, dans le cœur, se produisent ces merveilles de l’âme qui nous font savourer la saveur la plus douce de notre humanité. » (MH 119-120)
Revenons à notre psaume : « Que le ciel et la terre le célèbrent, les mers et tout leur peuplement ! Car Dieu viendra sauver Sion et rebâtir les villes de Juda. Il en fera une habitation, un héritage : patrimoine pour les descendants de ses serviteurs, demeure pour ceux qui aiment son nom. » (Ps 68, 35-37)
Rebâtir Jérusalem, c’est bien de cela qu’il s’agit, Frères et Sœurs de Jérusalem… et de partout !
Léon XIV, dans son encyclique évoque la belle figure de Néhémie. Je cite in extenso : « Le livre de Néhémie, nous dit le Pape, s’ouvre sur un moment de grande vulnérabilité dans l’histoire de l’antique Israël. Après l’exil babylonien, une partie du peuple est revenue à Jérusalem, mais la ville est encore en ruines, les murs se sont effondrés et les portes ont été brûlées (cf. Ne 1-2). Néhémie, un juif au service du roi perse Artaxerxès, apprend l’état désastreux de la ville de ses pères. Avant d’agir, il jeûne, prie, intercède pour le peuple ; puis il demande au roi la permission de retourner à Jérusalem et, une fois sur place, il examine en silence les lieux détruits. Il n’impose pas de solutions venues d’en haut. Il convoque les familles, confie à chacune un tronçon de mur à reconstruire, écoute les craintes, coordonne les efforts, fait face aux oppositions. Le récit montre comment la ville renaît non pas grâce à l’initiative d’une seule personne, mais grâce à la responsabilité partagée de tout le peuple : prêtres, artisans, chefs de famille, femmes et jeunes. C’est une œuvre qui a Dieu au centre et qui rétablit les liens avant même de poser les pierres. L’ancienne Jérusalem retrouve ainsi un langage commun, non pas celui de l’uniformité, mais celui de la communion : l’harmonie naît lorsque chacun assume son rôle et que tout le peuple reconnaît sa force comme venant du Seigneur. » (MH 12)
Vaste programme qui nous attend tous, et qui vous attend aussi Frères et Sœurs de Jérusalem.
Alors, au cœur de la tempête mais aussi au cœur de la fête qui nous rassemble en ce jour, écoutons le Seigneur nous redire comme ils le disaient tout à l’heure à ses Apôtres : « Ce que je vous dis dans l’obscurité, dites-le en pleine lumière ; ce que vous entendez au creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits. Ne craignez pas ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps. » Puisse Saint Aubert, mon prédécesseur un peu têtu mais finalement rendu attentif aux injonctions digitales de l’archange Saint Michel, nous inspirer les décisions qui hâteront au milieu de nous l’avènement de la Jérusalem céleste !
« Soyez sans crainte : vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux. »
[1] Cf. constitution apostolique Vultum Dei Quaerere, Pape François, 29 juin 2016.


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